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FICHIER TECHNIQUE |
LE VOL |
CARTE DU VOL
BARON KOENIG-WARTHAUSEN 2. LE VOL Est-ce la consonance germanique du nom, le même titre de noblesse, ou le même aspect extraordinaire de leurs aventures, mais on ne peut s'empêcher d'évoquer les aventures du baron de Münchhausen, (plus connu en France sous le nom de baron de Crac) en pensant à celles du baron F.K. Koenig-Warthausen. Bien sûr, les aventures du premier sont invraisemblables, surtout illustrées par la truculente imagination de Gustave Doré. Mais celles du jeune Baron sont néanmoins aussi hors du commun et valent d'être racontées. Le jeune Baron Koenig-Warthausen, éduqué en Angleterre, se passionne de bonne heure pour l'aviation. Dès qu'il entent parler de la Coupe Hindenburg, il décide de la gagner. Ce prix, crée par le Président von Hindenburg, est alors attribué une fois par an et doit récompenser le meilleur vol sportif de l'année effectué par un pilote amateur. Les candidats doivent se faire connaître en avril et leurs vols doivent être terminés avant le premier novembre de la même année. En mai 1928, il avait 22 ans et avec l'aide de sa mère, il obtient que son père lui achète un avion. C'est un Klemm. Il apprend immédiatement à piloter, obtenant son brevet après douze heures de vol solo. L'avion est un des nombreux avions légers que Hans Klemm a conçu et a construit. En fait, avec un très grand allongement, une très faible charge alaire et un moteur Daimler de peu de puissance (20cv), aujourd'hui on l'appellerait plutôt un planeur motorisé qu'un avion. L'avion est baptisé Kamerad. Après cinq heures de vol dans le Klemm, pour se familiariser avec cette nouvelle machine, le baron a en tout moins de vingt heures de vol en solo. Il choisit comme tâche, pour la Coupe Hindenburg, de voler de Berlin à Moscou. Son équipement se réduit à un pistolet lance fusée, une boussole de poche, quelques outils et des cartes. L'avion n'a d'autres instruments qu'un altimètre, une jauge à essence, un manomètre de pression d'huile et un thermomètre de température de l'air. Il part de Berlin le 9 Août 1929 à minuit, ayant dû attendre un vent favorable. Il a près de 200 litres d'essence, ce qui lui donne une autonomie de presque deux fois la distance de Berlin à Moscou. Il a emmené un Thermos de thé, mais celui-ci ayant roulé à l'arrière du cockpit devint inaccessible pendant le vol. La nuit est magnifique, il survole Dantzig, croise la Beresina plus facilement que la Grande Armée ne le fit en 1813. C'est alors qu'une forte pluie se met à tomber. Après 14 heures de vol, il se décide enfin à atterrir près d'un village. Quand il veut se servir de son dictionnaire russe pour demander où il se trouve, il s'aperçoit qu'il est incapable de lire les lettres russes. Finalement, le consul allemand, qu'il a appelé par téléphone, vient le chercher. Il a atterri, en fait, seulement à quelques kilomètres de Moscou. Il revient le lendemain et termine le vol en atterrissant à Chodinka, l'aérodrome de Moscou. Après s'être reposé cinq jours à Moscou, il décide de continuer son vol. Jusqu'où ? Il ne le sait pas. Il télégraphie à ses parents, leur annonçant ses intentions. Le 14 Août, il part de Moscou, traverse le Caucase et atterrit à Bakou, en route pour Téhéran, puis, il survole la Mer Caspienne et atterrit à Pachlevi. Faute d'assez de carburant, il doit atterrir le long d'une route, où un conducteur qui passe accepte de lui donner de l'essence de sa voiture. Il peut repartir et atteint enfin Téhéran. Il est présenté au Shah et visite la Perse, c'est-à-dire, de nos jours, l'Iran. Le 23 septembre, il repart, continuant son voyage. Première escale, Ispahan, puis Chiraz. Il a si chaud durant l'étape suivante qu'il s'arrête, atterrissant au bord d'un précipice d'où il ne peut repartir. La voiture postale le ramène à Chiraz où il retrouve un ami qu'il s'y était fait. Ils retournent à l'avion et avec de l'aide locale, aménagent une piste assez longue pour pouvoir décoller. Il visite les ruines de Persépolis, avant de retourner à Chiraz, où il passe plusieurs jours. Reparti en direction de Buchehr (Bushire), il tombe à nouveau en panne d'essence. Un cheikh local l'aide à en trouver et il atteint finalement Buchehr. C'est là qu'un télégramme lui annonce qu'il a gagné a Coupe Hindenburg. C'est là aussi qu'il rencontre Huenefeld, le célèbre aviateur allemand. Celui-ci est à l'époque un des plus célèbres aviateurs allemands. Il a déjà traversé l'Atlantique d'est en ouest les 12 et 13 avril 1928, en compagnie de Koehl, comme pilote, et l'Irlandais Fitzmaurice comme navigateur, sur un Junkers, le Bremen. C'est là aussi que Koenig-Warthausen prend la décision de continuer jusqu'à Karachi. Il atterrit à Bandar Abbas où il reste deux jours. Au cours de l'étape suivante, un bruit anormal dans le moteur le force à se poser en pleine campagne : un des boulons du moteur est en train de se dévisser. Alors qu'il le resserre, il casse la tête du boulon. Il doit retourner à Bandar Abbas où un mécanicien l'aide à réparer. Pour l'étape suivante, on lui conseille de suivre la ligne télégraphique et en cas de panne de couper le fil télégraphique. C'est le signal qui indique aux télégraphistes que quelqu'un est en danger le long de la ligne. Il arrive enfin à Karachi où il reste cinq semaines. Il doit alors retourner en Allemagne en mettant le Klemm sur un navire, mais il change d'avis et décide de pousser jusqu'à Calcutta. Il repart le 17 décembre et fait escale à Nasirabad et Agra. Il y passe deux jours et visite le Taj Mahal qu'il admire avec juste raison. De là, il continue vers Allahabad en passant par Gaya, d'où il repart le 23 décembre, pour passer Noël à Calcutta. Il y est reçu par le consul allemand qui lui organise plusieurs chasses et une visite jusqu'au Tibet. Au retour à Calcutta, il rencontre Ghandi. Après deux mois à Calcutta, le Baron annule ses réservations sur le paquebot qui devait le ramener en Europe et décide une fois de plus de continuer son vol vers l'est. Il commande des pièces de rechange qui arrivent en quatre semaines et après une rapide révision, il repart vers Singapour le 5 février. Première escale à Akyab en Birmanie puis Rangoon. Il traverse un de ces orages si fréquents dans cette partie du monde et finalement trouve, avec soulagement après la tension du vol dans l'orage, la ligne de chemin de fer reliant Singapour à Bangkok. Il reste dix jours à Bangkok - son arrivée coïncidant avec les fêtes de l'anniversaire du Couronnement - et il est reçu par le roi du Siam et le Prince héritier. Celui-ci, qui a été Ministre du Siam à Berlin, parle parfaitement allemand. La Princesse lui offre un chat siamois d'une espèce rare, qu'il baptise Félix et qui l'accompagnera pendant tout le reste du vol. La mousson commence pendant qu'il est encore à Bangkok et il ne peut repartir immédiatement. Il en profite pour visiter le Siam ainsi que la merveille du temple d'Angkor Vat au Cambodge. Il rencontre le Vicomte de Sibour et sa femme, des Français, qui, dit-il, sont le premier couple à avoir fait le tour du monde en avion pour leur lune de Le Vicomte de Sibour devait, en 1934, participer à la course MacRobertson de Londres à Melbourne sur un avion Cousinet. C'est aussi durant son séjour au Siam que l'aviateur français Le Brix fit un atterrissage forcé près de Moulmein sur la côte ouest après que son avion eut pris feu en vol. Il s'en tira indemne mais son mécanicien eut une jambe cassée. Finalement après un séjour très agréable à Bangkok, le jeune baron repart pour Singapour le 25 mars, Félix enfermé dans une boite. La pauvre bête n'apprécie pas ce baptême de l'air, mais par la suite devient un excellent passager. Le baron fait escale à Prachuap Kiri Khan et Songkhla, mais en survolant Pinang, il traverse un autre orage tropical. Atterrissant à Pinang, quelque soixante ans plus tard, je devais, moi aussi me trouver dans un violent orage, atterrissant au minima alors que le Glide Slope et Localiser venaient de tomber en panne. Le baron reste trois semaines à Singapour et fait un court vol vers le sud pour croiser l'équateur, une première pour lui et pour Félix. Il a l'intention de s'envoler vers Batavia (Djakarta) et de prendre passage sur un paquebot à destination de l'Allemagne. Mais là encore, il change d'avis au dernier moment et décide, une fois de plus, de continuer vers l'est. Destination : les Philippines où il doit cette fois terminer le vol et finalement rentrer en Europe. Mais il change d'avis à nouveau et décide d'aller vers le nord, à travers l'Indochine, et de suivre la côte vers la Chine et le Japon. En fait, sa décision n'était pas seulement de voler en Chine et au Japon, mais de continuer et de faire le tour du monde. On lui conseille de ne pas suivre cet itinéraire, aussi, il prend passage sur un navire de Singapour à Hong Kong. Il continue à bord du navire jusqu'à Shanghai. De là ; il fait un court vol vers Nankin, la capitale du sud où il rencontre le Général Chang Kai Check. Après ce vol, il reprent le bateau jusqu'à Kobe au Japon et passe trois semaines à Tokyo, avant de s'embarquer sur un paquebot à destination des États-Unis. Le Siberia Maru quitte Yokohama le 25 mai. Après une escale à Hawaii où il fait quelques vols locaux sur un Waco, il arrive à San Francisco le 8 juin. A bord, Félix a fait des siennes : il a mangé le canari du commandant ! L'avion est transporté à Alameda ou il est révisé et remonté. Le baron apprend alors la mort de son ami Huenefeld et il change le nom du Klemm de Comrade en Huenefeld. Le baron est très surpris par la vie et l'hospitalité à l'américaine et considére l'Amérique comme un paradis pour les aviateurs. Il fait plusieurs vols locaux dont un au-dessus du pont Golden Gate. Après dix jours à San Francisco, il repart pour Los Angeles puis San Diego et Tucson en Arizona et El Paso au Texas Le 12 juillet, le taxi qui le conduit à l'aéroport a un grave accident. Il se réveille à l'hôpital. Heureusement, Félix, retrouvé, est indemne. Le baron reste deux mois en convalescence. C'est durant son séjour forcé à El Paso que le Graf Zeppelin visite la ville. Le baron admire le dirigeable et tire une grande fierté d'être allemand. Il apprent aussi que s'il arrive à New York avant le 31 octobre, il gagnera à nouveau la Coupe Hindenburg. Il obtient de quitter l'hôpital et peut repartir le 15 septembre. Mais en atterrissant à Sweetwater au Texas, l'avion s'enfonce dans la boue, fait un cheval de bois et capote. Le baron contacte l'agent de la maison Klemm à New York et celui-ci lui envoie une aile et les autres pièces nécessaires pour réparer l'avion. Mais les réparations doivent se faire à Dallas où l'avion endommagé est transporté par la route. Le reste du voyage fut une course contre la montre pour arriver avant le 31 octobre. Il prend néanmoins le temps de faire plusieurs escales le long de la route. Escales à Saint Louis et Chicago. Il est bien reçu partout, mais il a hâte d'arriver à New York avant le 31 octobre et doit abréger ses séjours. Il quitte Chicago le 17, mais en atterrissant à Detroit, il découvre qu'une soupape est cassée. Une pièce lui est envoyée de New York. C'est la première panne de moteur depuis son départ. Il resta quatre jours à Detroit pendant lesquels il visite les usines Ford. Il ne lui reste que quelques jours avant la date limite. Il fait un atterrissage forcé à London en Ontario, au Canada : il a de l'eau dans l'essence. En dépit d'une tempête de neige, il continue et atterrit à Hamilton, puis à Buffalo après avoir survolé les chutes du Niagara. Il est reçu par les Capitaines Smith et Wade, célèbres pour avoir participé au tour du monde des Douglas World Cruisers en 1924. L'escale suivante est Syracuse. Le mauvais temps persiste et il s'arrête à Albany. Finalement et en dépit du mauvais temps il arrive à Roosevelt Field dans Long Island où il est fêté. C'est de là qu'était parti Lindbergh le 20 mai 1927 pour son célèbre vol à travers l'Atlantique. Ce sont alors plusieurs jours de réceptions et de discours, y compris une courte visite à Washington et enfin en toute hâte, le 15 novembre il embarque sur le Bremen. Après une courte escale à Cherbourg, le navire arrive enfin à Bremer Haven le 21 novembre. L'avion est remonté mais il ne peut pas aller plus loin que Hanovre à cause d'un épais brouillard. Alors, comme dans un film de Buster Keaton, le train qu'il prend à destination de Berlin tombe en panne. Il loue une auto, mais un pneu éclate alors qu'il arrivait dans les faubourgs de Berlin. Finalement ses amis le trouvent et la réception commence au bord de la route. Il est reçu à l'Opéra de Berlin où ses parents l'attendent. Dans les jours qui suivent, il va de réception en réception et est reçu par le Président Hindenburg qui lui remet la Coupe gagnée l'année précédente. Le jeune baron Koenig-Warthausen a fait le tour du monde seul sur un avion léger. On ne peut dire qu'il ait fait son tour du monde entièrement par la voie des airs, puisque son avion ne le permettait pas. De plus, c'est à la suite d'événements successifs qu'il a continué ce qui devait être un simple vol entre Berlin et Moscou. Les 'vrais' tours du monde sont le résultat d'une ferme intention de le faire et d'une préparation préalable. Mais l'exploit demeure : il est le premier à l'avoir fait seul, avec une machine de faible puissance et avec des moyens de navigation des plus rudimentaires. Son exploit a été effacé par d'autres vols plus spectaculaires, surtout s'ils sont le fait de pilotes américains assoiffés de gloire personnelle. Le baron a su rester modeste dans son vol et dans la description qu'il en fait. Rendons-lui hommage de ces qualités. Il y aura dans les quelques années qui suivront son exploit, deux autres vols solitaires faits sur des avions très légers, qui eux aussi ne pourront pas traverser les océans et devront emprunter des paquebots. Ce seront les vols de Mrs Bruce et de Ellyn Beinhorn, respectivement en 1930 et 1931. L'avion de Koenig-Warthausen, pratiquement un planeur motorisé à faible puissance, avait néanmoins une très bonne portée. Cela n'empêcha pas le pilote de tomber en panne sèche plusieurs fois. Grâce à la faible charge alaire, et donc à la faible vitesse d'atterrissage, il put se sortir de bien des mauvais pas. Il a effectué son vol à une époque où l'aviation était encore très jeune, et même inconnue dans certains des pays traversés. Il a pris son temps, visitant en détails les pays traversés et rencontrant des personnages hautement intéressants. Il a partout été très bien reçu. Les consuls d'Allemagne et de Grande Bretagne et les autorités des pays traversés ont tout fait pour l'aider. Cela tenait à la fois à ses contacts personnels, à son titre, à sa personnalité et à son âge, mais aussi au fait qu'un tel vol était nouveau et rare. Cela contraste terriblement avec les tracasseries et formalités administratives que l'on rencontre aujourd'hui. Les avions et les pilotes d'aviation générale ne sont plus les bienvenus de nos jours. On peut comparer la facilité avec laquelle des passagers d'avions de ligne entrent dans certains pays, surtout en Asie, avec la longueur des formalités et chicaneries désuètes et absurdes imposées aux pilotes d'aviation générale. Dick Smith, le plus célèbre aviateur australien, n'a-t-il pas dit un jour que la longueur des formalités d'entrée dans un pays était inversement proportionnelle à son niveau de développement ? Le jeune baron Koenig-Warthausen a fait un très beau voyage, dans des conditions qui sont impossibles à reproduire de nos jours.
Dernière mise à jour : 11 janvier 2011 Copyright © Claude Meunier 2000, 2011 webmaster@volssolitaires.com |