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FICHIER TECHNIQUE |
LE VOL |
CARTE DU VOL
MAX CONRAD 2. LE VOL "Allons voler." Maximilien Conrad est plus célèbre pour ses vols à très longues distances, pour ses records extrêmes que pour son tour du monde. Ce tour du monde établit un record mondial, record qui n’a pas été dépassé à ce jour . Ce ne fut pas un tour de monde fait en solitaire. En effet Conrad avait à bord un observateur agréé par le NAA, le représentant américain de la FAI. Je doits donc faire une entorse à ma décision de ne décrire que des tours du monde faits en solitaire pour rendre hommage à Max Conrad, qui fut un des plus remarquables pilotes d’aviation générale. Si Conrad ne fut pas seul à bord lors de ce tour du monde, il le fut dans tous ses très longs vols records. Il est probable que personne d’autre que lui n’aurait pu tenir, assis dans un minuscule cockpit encombré de réservoirs d’essence aussi longtemps qu’il le fit. Conrad est né le 21 janvier 1903 à Winona dans le Minnesota, aux Etats Unis. Il fut élevé dans la tradition très stricte et traditionnelle de catholiques allemands. Il était très sportif et fervent d’athlétisme et participa à de nombreuses compétitions sportives.Très impressionné par le vol de Lindberg à travers l’Atlantique en 1927, il apprend à voler la même année. En 1928, il acheta son premier avion : un Swallow et donne des leçons de pilotage. En 1929, une de ses passagères, après un baptême de l’air, descendit de l’avion vers l’avant. Conrad essaya de l’arrêter mais ils furent tous les deux frappés par l’hélice qui tournait encore. La jeune fille fut tuée sur le champ et Conrad eut une fracture du crâne. Il lui fallut plusieurs années pour retrouver la parole et son contrôle moteur. Il fut beaucoup aidé par des groupes religieux et des groupes d’athlétisme. Il épousa Betty Biesanz en 1931. Petit à petit, il rouvre son école de pilotage . Les opérations croissent peu à peu, les écoles se multiplient. De même le transport aérien, vols charters, etc. Il est chargé par le gouvernement d’organiser une série d’écoles de pilotage : le Civil Pilot Training. Après l’attaque de Pearl Harbor, ces écoles furent transformées en écoles militaires. Conrad subit de bonnes et de mauvaises fortunes pendant et après la guerre. Son hangar avec tous ses avions brûla en 1942. En 1943, il devint Chef Pilote de la compagnie Honeywell à Minneapolis. En 1948, juste 3 ans après l’armistice, Betty et les enfants sont allés vivre en Suisse avec l’espoir que la vie y soit moins chère qu’aux Etats Unis. Conrad eut l’idée de traverser l’Atlantique pour aller les visiter en 1950. Le vol avait deux buts, le premier était de permettre à Max de visiter sa famille à meilleur prix que par le Queen Mary comme il l’avait fait en 1948, le deuxième devrait servir à vanter les qualités du nouveau Piper Pacer qui se vendait mal. Le vol sur N7330K fut assez mouvementé. Les autorités américaines au Groenland le prirent pour un espion communiste. Il atterrit enfin à Toussus le Noble. Il passa le mois de septembre avec sa famille. Il avait maintenant 9 enfants dont le petit Francesco qu’il ne connaissait pas. Betty et les enfants retournèrent aux Etats Unis sur le Liberté. Ce vol à travers l’Atlantique sur le Piper Pacer fut le début d’une longue association avec la firme de William Piper. Puis ce fut le fiasco de « l’expérience de Winona », du nom de la ville où vivait Conrad. Le projet tentait de faire revivre l’intérêt des jeunes pour les carrières de l’aviation. Des jeunes devaient apprendre un métier dans l’aviation tout en construisant leur avion. Après deux ans, tout fut abandonné. Conrad était à nouveau ruiné. Il renvoya la famille en Suisse pour survivre financièrement. Le salut financier vint en 1954 quand Piper lui demanda de convoyer vers l’Europe son nouveau bimoteur Apache. Le vol devait, pour attirer le maximum de publicité, se faire seul et sans escale, exploit qui n’avait pas été tenté depuis le fameux vol de Lindberg en 1927. Parti de Idlewild, il arriva à Toussus le Noble après un vol de 23 heures 32 minutes soit 10 heures 5 minutes de moins que le vol de Lindberg. Le succès du vol poussa les ventes des Piper Apaches et Conrad dut en livrer plusieurs par la voie des airs. Il devint le pilote de convoyage attitré de Piper. Le 6 mars 1959, Conrad célébrait sa cinquantième traversée de l’Atlantique en convoyant un monomoteur, un Comanche de 250 CV de Chicago à Rome en 33 heures 3 minutes. La porte aux records de distance et d’endurance était ouverte. Le désir de Conrad était de battre les records existants de Bill Odom ( 1949 : Honolulu à Teterboro (New Jersey) soit 8000 km ) et Pat Boilig (1958 : Manille à Pendelton (Oregon) soit 11 000 km ). Le but de Conrad était de voler de Casablanca à El Paso au Texas. Après une longue préparation et de nombreuses modifications à l’avion, un Piper Comanche PA-24-250, N110LF, il fut enfin prêt . Les lettres « LF » venaient de la devise de Conrad : « Let’s Fly », : « Allons voler ». Il était convenu avec la firme Piper que l’avion lui appartiendrait s’il réussissait. Il eut quelques problèmes dans le vol vers Casablanca. Il attendit plusieurs jours pour du vent favorable et finalement le 2 Juin 1959, il décolla de Casablanca en surcharge, dépassant de peu la clôture de l’aéroport. Conrad avait une théorie sur l’altitude à choisir. Il préférait voler très bas, à moins de 100 pieds ( 30 mètres), grimpant vers 500 pieds ( 150 mètres) par sécurité la nuit. Il prétendait que les moteurs étaient plus efficaces à ces basses altitudes, que trop de carburant était brûlé vainement pour grimper à de plus grandes altitudes. Clifton Tait , lui aussi préférait voler très bas dans ses vols de convoyage. A la verticale de El Paso, Conrad était en l’air depuis 44 heures et avait encore beaucoup de carburant. Il continua jusqu’à Los Angelès (Californie) où il lui resta encore une heure de carburant. Le vol avait duré 58 heures et la distance parcourue était 12 211 kilomètres. Ce record dans la catégorie C1-D (Avions de 1 750 à 3 000 kg ) a tenu très longtemps avant d’être battu. Celui qu’on appelait désormais le « Grand Père volant » ( titre qu’il n’aimait pas beaucoup ) avait pris goût aux records. Entre des vols de convoyage il prend le temps d’en préparer d’autres. Il change le moteur de 250 CV de son Comanche pour un plus faible de 180 CV. Il ira moins vite mais il consommera beaucoup moins de carburant. Sheila Scott, aussi changera son moteur pour un plus faible. Il peut ainsi diminuer la quantité de carburant qu’il emmène et passer dans la Classe C1-C (Avion de 1000 à 1 750 kg). Le 24 Novembre 1959 il établit le record de distance entre Casablanca et El Paso avec une distance de 11 138 km, durée du vol : 56 heures. Ce record tient aujourd’hui encore. Enfin le 14 Juillet 1960, Conrad établit un autre record en circuit fermé entre Minneapolis, Chicago Des Moines et Chicago ( en sept circuits ) couvrant 11 138 kilomètres en 60 heures. Ce record n’a pas été battu à ce jour. En novembre, le Comanche fut détruit dans un accident causé par une panne de moteur au décollage. En 1961, Conrad fit le tour du monde. Il utilisa un Piper Aztec PA-23 équipé de deux moteurs Lycoming de 250 CV. L’avion fut baptisé New Frontiers (Nouvelles Frontières ) et immatriculé N4445P. Il avait à bord Richard Jennings, comme observateur agréé par la National Aeronautic Association, qui est le représentant américain de la Fédération Aéronautique Internationale ( FAI).L’itinéraire partant de Miami en Floride passe par Long Beach en Californie, Honolulu, l’île de Wake, l’île de Guam, Manille aux Philippines, Singapour, Bombay, Nairobi, Lagos au Nigeria, Dakar, Amapa au Brésil, Atkinson Field en Guyane Britannique, Port of Spain à Trinidad pour finir au point de départ à Miami. La vitesse moyenne fut de 198 km/h. Départ de Miami le 27 Février 1961 et arrivée le 8 Mars 1961. Peu d’incidents marquent le vol. Le son de l’ADF (gonio automatique) étant tombé en panne après Honollu les força à retourner jusqu’à ce que Conrad découvre que seul le son du haut-parleur était défectueux, le son fonctionnait sur les écouteurs. Une autre fois après avoir quitté Bombay, quand Conrad changea de réservoir, il ferma le robinet d’essence. Les deux moteurs s’arrêtèrent alors qu’ils volaient à 100 pieds au dessus de la mer. L’ erreur réparée et le bon réservoir ouvert ,les moteurs repartent.. Entre Lagos et Dakar, Conrad devint nauséeux et perdit le sens du temps et de l’orientation. Ils eurent aussi quelques problèmes avec des balises radio dont les indicatifs avaient été changés récemment. Enfin, ils durent atterrir à Amapa dans la jungle amazonienne par peur de manquer de carburant. C’était une base militaire brésilienne. Ils purent néanmoins obtenir assez d’essence pour atteindre la Guyane Britannique. En 1964, Conrad établit un autre record de longue distance en volant du Cap à Saint Petersburg ( Californie), soit une dictance de 12 678 kilomètres. L’avion était un bimoteur Twin Comanche, immatriculé N7003Y et équipé de 2 moteurs de 250 CV. Le vol dura 3 jours et 2 nuits. Mais Conrad avait le désir de battre ou d’établir d’autres records. Le but cette fois était de faire le tour du monde par les deux pôles. Il choisit un Piper Aztec : Saint Louis Woman immatriculé N123LF, ; les lettres « LF » étant toujours la devise de Conrad : Let’s Fly ( Allons voler). Du 6 au 7 Septembre 1968, le nouvel avion servit à établir un autre record de distance en circuit fermé à Saint Louis (Missouri) sur une distance de 8 549 kilomètres. Enfin près de longues préparations et modifications à l’avion, Conrad décolla de Saint Louis (Missouri) le premier novembre 1968. Les escales furent Calgary au Canada, Fairbanks en Alaska. Là, Conrad trouva une station américaine à la Pointe Barrow chargée de la météo du grand nord. C’est à la pointe Barrow, au nord de l’Alaska que Wiley Post avait trouvé la mort en 1935. De là, Conrad fit route vers T-3, une station sur un iceberg flottant faisant partie de la station de la Pointe Barrow. Puis survol du Pôle Nord. Là, Conrad se dérouta de sa destination originale sur Tromsö et aller à la station Nord. Il y resta 2 jours à cause du temps. Puis Akureyri au nord de l’Icelande, puis Paris et Casablanca. Il traverse l’Atlantique après une escale à Abidjan et passe une semaine à Buenos Aires. De Punta Arenas, il tenta une première sortie vers la base britannique de l’Île Adelaide qu’il atteint la deuxième fois. Après une longue attente à cause du très mauvais temps, il décida enfin de renoncer et de rentrer aux Etats Unis. Il arriva à Saint Louis le 21 Janvier 1969. C’était son anniversaire. Il a 66 ans. Après de longues tractations avec la Marine américaine qui veut l’empêcher d’essayer à nouveau, mais finalement grâce à l’intervention du Sénateur Barry Goldwater, il obtient l’autorisation de se poser au Pôle Sud. Il part cette fois de Winona le 30 novembre 1969. Après Honolulu, il est forcé d’atterrir sur l’atoll de Johnson, une base militaire pour réparer un alternateur. Puis entre Tarawa et Bisbane quand il perdit la pression d’huile au moteur gauche, il dut faire une diversion sur un seul moteur vers Espiritu Santo aux Nouvelles Hébrides. Après réparations il se trouve en Nouvelle Zélande où il doit suivre les instructions des officiers de la Marine américaine. Il arrive enfin au Pôle Sud le 21 Janvier. C’est le premier avion civil à y atterrir et c’est son anniversaire : il a 67 ans. Avec une altitude de 9400 pieds (3100 mètres) et la quantité de carburant nécessaire pour atteindre sa prochaine destination, la base américaine de MacMurdo, les chances de pouvoir décoller étaient minces. Il dut attendre le feu vert de la Marine américaine. La météo s’améliora mais pendant le long briefing qu’il dut subir, le temps se refermit sur lui. Quand il pu enfin décoller le brouillard avait envahi la piste à nouveau. Le ciel et la neige, tout était blanc. Il essaya de se maintenir au centre de la piste, balisée par des fûts. Il décolla enfin mais quelques instants plus tard, alors qu’il prenait de la hauteur tout en écoutant les instructions de l’opérateur de radar, l’hélice gauche heurta un banc de neige. Il essaya de faire demi-tour mais l’avion tomba dans la neige. Conrad n’était pas blessé mais l’avion n’etait pas réparable. Conrad rentra à Winona la défaite au cœur. L’avion devait rester au Pôle Sud. Conrad ne devait pas tenter à nouveau le tour du monde par les pôles. Conrad retourna convoyer des avions pour Piper. Il devait faire un dernier vol à long distance : reproduire le vol historique de Lindberh, son idole de jeunesse. Avec son Comanche réparé et rebaptisé Spirit of Chicagoland, il refit le vol célèbre, à la même date et aux mêmes endroits. Max Conrad mourut en 1979. Il avait plus de 50 000 heures de vol. En 1965, il avait reçu le Harmon Trophy, la récompense la plus estimée dans les cercles aéronautiques. Il reçut également la Médaille Paul Tissandier de la FAI. Il fut aussi nommé Colonel Honoraire de l’Armée de l’Air des Etats Unis. Enfin l’aérodrome de Winona, sa ville natale au Minnesota fut nommé « Max Conrad Field ».
Dernière mise à jour : 20 décembre 2007 Copyright © Claude Meunier 2000, 2007 webmaster@volssolitaires.com |