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ELLY BEINHORN

2. LE VOL


Autant le Baron Koenig-Warthausen et l'Honorable Mrs. Bruce étaient des pilotes débutants et inexpérimentés, autant la jeune Elly Beinhorn avait à la veille de son tour du monde en avion déjà l'expérience de longs vols à l'étranger, de pannes et d'atterrissages forcés dans des conditions difficiles.

Elly Beinhorn naquît en mai 1907 à Hanovre, fille unique d'une famille de marchands. Elle eut une enfance normale mais un peu solitaire.

En 1928, des amis l'emmenèrent à une conférence donnée par Hauptman Herman Köhl. Celui-ci avait été un des pilotes du Baron Gunther von Hunefeld dans la première traversée d'est en ouest de l'Atlantique sur le Junker Bremen en 1928. A l'issue de la conférence, elle trouva que voler était ce qui lui manquait et elle décida d'apprendre à voler. Elle ne reçut pas d'encouragement dans son entourage à Hanovre et elle décida d'aller vivre à Spandau. Elle commença à prendre des leçons de pilotage en novembre sur l'aérodrome de Berlin-Staaken.

Elle fut très encouragée par son instructeur Otto Thomsen. Elle fut vite lâchée sur un petit Klemm KL-20 équipé d'un moteur Daimler de 20 CV. Elle obtint son brevet de pilote et apprit la voltige. Elle gagna de l'argent en donnant des démonstrations de voltige pendant les week-ends, allant de ville en ville. Mais son rêve était de faire de longs vols.

Ce rêve se réalisa en 1931, quand elle se joignit à une expédition scientifique allant en Guinée Portugaise (Bissau). L'expédition était organisée par un Autrichien, le Dr. Hugo Bernatzik.

Elle partit de Berlin le 4 janvier 1931 et arriva le premier février. L'expédition terminée, au lieu de repartir en suivant la côte, comme elle était venue, elle coupa à travers le désert. Elle eut une panne de moteur près de Tombouctou. Elle y contracta une mauvaise fièvre et elle fut rapatriée laissant l'avion sur place.

Quelques mois plus tard, le 4 décembre 1931, elle repartait, cette fois pour l'Inde et Bali. Forte de son expérience précédente, elle s'était mieux équipée avec des pièces de rechange, un chapeau tropical, une moustiquaire, de la poudre insecticide, un filtre à eau, une solide vache à eau de 10 litres et des médicaments. Elle avait cette fois un autre Klemm équipé d'un moteur Argus de 80 CV.

En Turquie, elle retrouva par hasard une amie d'enfance de Hanovre qui avait épousé un ingénieur turc. Celle-ci n'était pas heureuse dans ce nouvel environnement. C'est avec beaucoup de peine qu'Elly quitta celle qui avait été la reine de leurs tournois de danse.

Puis ce fut un atterrissage très difficile à Allepe en Syrie après avoir traversé le Golfe d'Alexandrite dans la tempête. Elle démonta l'avion et l'arrima pour la nuit

Puis ce fut la ville légendaire de Bagdad avec les coupoles multicolores de ses mosquées. Elle fit un autre atterrissage forcé, cette fois près de Bandar-e-Deylam. De l'essence sale avait bouché toutes les conduites du carburateur. Elle ne put se faire comprendre des Persans et, après avoir bien amarré le Kemm, elle prit la route de Bushire, un peu plus au sud le long du golfe persique pour chercher de l'aide. Elle ne put pas non plus envoyer de télégramme, les locaux ne pouvant lire les caractères romans. Il s'en suivit une suite de quiproquos et on la crut perdue. Finalement avec l'aide du Consul Général Allemand de Bagdad, elle put repartir pour l'Inde.

A bushire elle avait rencontré Moye Stephens, un pilote américain qui faisait le tour du monde en Stearman The Flying Carpet (Le Tapis Volant) avec l'auteur Richard Halliburton. Stephens qui était le seul mécanicien à l'encontre repara le Klemm. Elly et les 2 américains devaient devenir très liés et voleront ensemble d'abord vers Karachi puis jusqu'à Singapour.

Escale à Karachi. Au passage, elle fait une courte visite au Taj Mahal, ce tombeau funéraire construit au 17 ième siècle par l'empereur indien Dschehan après la mort de son épouse préférée. Elle visita aussi le philosophe Rabindranath et le Maharadjah du Népal. Elle fit une démonstration en vol avec le Klemm. et vola autour du Taj, prenant des photos du Tapis Volant Elle fut très impressionnée par un vol qu'elle fit vers l'Himalaya, presque à 30 kilomètres du Mont Everest. Elle s'y sentit « solitaire comme à la fin du monde ou sur une planète étrangère ». Elle eut la perception d'avoir accompli avec son petit avion quelque chose qui sortait de l'ordinaire. Elle atterrit sur le terrain de polo de Baghdogra avec une terrible migraine et un fort mal aux oreilles.

Ensuite Calcutta. A Rangoon, elle tourna autour de la magnifique pagode d'or qui brillait dans le soleil couchant. Mais elle chercha en vain l'aérodrome dans la lumière qui baissait. Ne le trouvant pas, elle atterrit sur un chemin dans une rizière. Les locaux lui indiquèrent la direction de l'aérodrome. Ce fut un décollage dangereux au milieu des curieux. Quelques minutes plus tard elle trouvait l'aérodrome. Elle faisait partie de ces nombreux aviateurs qui avaient eu de la peine à trouver l'aérodrome, certains avec de suites plus graves.

A Bangkok, elle fut présentée au couple royal. A Singapour elle se sépara de Halliburton et Stephens et continua vers l' Indonésie. Entre Singapour et Sumatra, elle se donna son propre baptême du passage de la ligne qu'elle célébra avec la bouteille de cognac emmenée pour les cas de nécessité. Elle était enfin arrivée en Indonésie, alors colonie hollandaise, le but du voyage. Les pluies torrentielles finirent le baptême, la mousson venait de commencer.

Elle n'avait aucune envie de retourner en Allemagne par le même chemin mais la mousson avec toute son eau la retenait. Peu à peu l'idée de voler jusqu'en Australie germa dans son esprit. Elle rencontra un pilote hollandais, le Capitaine Pattist. Il avait fait le vol vers l'Australie, l'année précédente sur un Fokker Tri-Motor. Il lui déconseilla fortement d'entreprendre un tel vol sur un si petit avion. Il fallait en effet traverser la Mer de Timor, réputée comme étant infestée de requins. Il avait parfaitement raison mais à 24 ans Elly se croyait invincible. Quand il vit qu'il ne pourrait pas la dissuader, Pattist l'aida autant qu'il le put. Le plus difficile fut de décoller de l'aérodrome de Kupang détrempé par les pluies tropicales. Enfin, après un vol de 7 heures elle arriva à Darwin dans un de ces orages si fréquents dans cette partie de l'Australie du Nord. Elle était fatiguée mais heureuse. Elle était la deuxième femme pilote à avoir fait le vol depuis l'Europe. La première avait été Amy Johnson en 1930.

Elle fut reçue et fêtée. Elle arriva finalement à Sydney le 24 mars 1932.

Tout comme celui du Baron Koenig-Warthasen, le petit Klemm fut démonté et mis en caisses et chargé sur un navire. D'abord le Manganui, jusqu'en Nouvelle Zélande puis le Ionic jusqu'à Panama. Là, le Klemm fut remonté et elle continua son périple, cette fois le long de la côte ouest de l'Amérique du Sud, traversant le Pérou et le Chili.

Au Pérou, elle reçut sa première décoration des mains du Président. Le Chili était en révolution. Il lui fallait maintenant traverser la chaîne des Andes. Tous les pilotes rencontrés lui dirent que cela était impossible avec un si petit avion qu'ils appelaient son 'moulin à café' et un moteur qui n'était plus jeune. Elle installa un système d'oxygène et pour cela elle dut se défaire de la plus part de ses bagages. Le vol au travers les Andes avait complètement usé son moteur. A Bahia, au Brésil, le Klemm fut à nouveau démonté et chargé sur un paquebot pour Bremhaven. Là, il fut remonté et après une courte escale à Hanovre , elle arrive enfin à Berlin le 26 juin 1932.

Elle avait fait le tour du monde en avion. Elle fut fêtée et reçue mais elle avait plus de 15000 marks de dettes. Heureusement, elle reçut bientôt la coupe Hindenburd et les 10000 marks qui allaient avec. Le Baron Koenig-Warthasen avait aussi reçu la Coupe en 1929. Elle reçut également une aide inattendue de l'industrie aéronautique allemande pour la récompenser de la publicité que son vol avait donnée à leur industrie dans le monde. Elle était à nouveau en fonds et pouvait à nouveau penser à de nouveaux vols.

Elly devait continuer à voler et à faier une trè brillante carrière dans l'aviation.

Elle paya ses dettes et repartit en avril 1933 pour un tour en Afrique sur un Heinkel monoplace. Elle descendit le long de la côte est jusqu'au Cap puis remonta le long de la côte ouest en passant par Libreville, Saint Louis et Casablanca. L'année suivante, elle repartait avec son Klemm par voie maritime jusqu'à Panama. Elle traversa le Mexique, la Californie, les Etats Unis jusqu'à Washington. Puis elle descendit à Miami où le Klemm fut embarqué à nouveau pour l'Europe où elle arriva le 13 janvier 1935. Le chiffre 13 devait toujours lui porter bonheur.

C'est cette même année qu'elle rencontra le coureur automobile Bernd Rosemeyer à l'occasion du Grand Prix de l'Avus. Ils devaient se marier l'année suivante le 13 juillet, le chiffre 13 étant aussi le porte bonheur de Rosemeyer.

Elle avait l'entention de faire un vol record, couvrant deux continents en un seul jour. L'avion utilisé serait le nouveau Messerchmitt Me108 ; un avion très rapide à train rentrant. Elle partit de Gleiwitz, l'aéroport allemand le plus à l'est ; atterrit à Istambul, fit un détour au dessus de la Turquie d'Asie et rentra à Berlin le même jour.

Le 75iéme anniversaire de ce record fut fêté en 2010 et la Poste Allemande créa un timbre commémoratif pour honorer Elly.

En 1936, voulant faire mieux, elle vola sur trois continents en un seul. Elle partit de l'aéroport de Tempelhof à Berlin le 2 aôut 1936. Courte escale à Budapest pour du carburant puis Damas (protectorat français à l'époque), puis Le Caire puis Budapest à nouveau et enfin Tempelhof. Elle avait parcouru 3.750 km et trois continents en un jour.

Elle baptisa le Me108 : Taiphun. Le nom fut adopté par le fabricant et resta. Le jeune Bernd Rosemeyer naquit en 1937. Bernd Rosemeyer se tua en tenant un record de vitesse le 28 janvier 1938. Peu après, Elly écrivit la biographie de Rosemeyer : Mein Mann, der Rennfahrer (Mon mari, le coureur automobile). Le livre eut un succès énorme et fut tiré à plus de 300.000 exemplaires.

Au printemps 1939, Elly Rosemeyer voulut faire un long vol avec le Taiphoon jusqu'au Japon. Elle ne put aller plus loin que Bangkok et dut rebrousser chemin. La Chine et le Japon étaient en guerre et l'Europe se préparait aussi à la guerre. Elle se remaria en 1941 avec le Dr. Wittmann et eut une fille, Stephanie.

Après la guerre, elle fit du vol à voile pendant la période où l'Allemagne ne pouvait pas avoir d'avions. Comme beaucoup d'Allemands voulant voler pendant cette période, elle alla voler en Suisse où elle acheta un Piper Cub, HB-OAM. En 1952, elle fit un autre vol africain. Partie de Colombier en Suisse, elle alla jusqu'à Benghazi en passant par Rome, Tunis et Tripoli.

Elly Beinhorn Rosemeyer est considérée comme l'une des femmes pilotes les plus célèbres en Allemagne, au côté de noms comme Anna Reichter.

Elle est décédée le 28 novembre 2007 à l'age de 100 ans.


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Dernière mise à jour : 25 mai 2011
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