4. Le voyage :
Je suis parti de Northam, en Australie Occidentale, où est basé l'Aerostar, le Mercredi 15 Mai 1996. La famille et les amis
de l'Aéro-Club étaient là pour me souhaiter bonne route.
Vol sans histoire jusqu'à Ceduna en Australie du Sud.
Le lendemain, également vol sans histoire jusqu'à Brisbane. Là, les gens de Qantas me réservent une place sur le
tarmac de la nouvelle aérogare internationale et ils m'aideront avec la douane.
Tous ces vols, jusqu'à Hawaii, seront faits à régime lent, bien que les moyennes distances auraient permis d'aller
relativement vite. Le but était de finaliser les paramètres moteurs pour la grande étape entre Hawaii et Santa Barbara.
Malgré tous les essais en vol qui durèrent des mois, je tenais à être entièrement sûr de ces paramètres : pression
d'admission, nombre de tours, consommation à l'heure, température des échappements. Au fur et à mesure que
j'avançais, les chiffres se confirmaient, et j'avais de plus en plus la certitude que la longue étape pourrait se faire
avec le carburant disponible.
Le Vendredi 17 Mai, vol encore sans histoire sur Nouméa. Là, la douane et l'immigration se font très vite.
La jeune dame de la Chambre de Commerce vient m'accueillir comme à l'accoutumée et me conduit aux différents
services. J'ai quitté Brisbane avec mon passeport australien et j'entre ici avec mon passeport français.
La suite du voyage sera faite avec le passeport australien jusqu'à l'entrée en Europe par l'Ecosse. Après les
formalités et un coup de téléphone à mes amis Szimanski, je remonte en avion et vole vers Magenta.
En effet Tontouta, aéroport international, est situé à plus de 60 km de Nouméa, alors que Magenta est situé en pleine
ville et ce qui est beaucoup plus pratique.
Une caractéristique , qui me suivra tout au long du voyage, est d'arriver dans un pays et d'apprendre que la ville ou le
pays sont en fête et que tous les hôtels sont pleins. Ici c'est la course internationale de pirogues. .
Le Lundi 20 Mai, départ de Magenta pour Tontouta, aéroport international pour faire douane et émigration. Le temps
est très couvert. La tour donne Tontouta VFR, mais quand j'y arrive, c'est la pluie, plafond à 600 pieds, aéroport fermé
au trafic VFR. Ce qui m'oblige à grimper immédiatement à 5.000 pieds et entamer une procédure ILS.
Ce ne sera qu'à la troisième présentation que j'aurai le visuel sur le terrain et pourrai atterrir.
Carburant, douane, émigration, taxe d'atterrissage et bientôt me voilà reparti pour Nandi à Fidji.
Vol sans histoire. Les agents de l'Aviation Civile pour les taxes de navigation dans leur espace aérien, ceux
de l'aéroport pour la taxe d'atterrissage, le ravitailleur pour l'essence et finalement l'agent pour me dédouaner,
tous sont là avec leur calculette et leurs formulaires. L'hôtel est de l'autre côté de la rue, j'y vais à pied.
Le Mardi 21 Mai, départ pour Pago-Pago aux Samoa Américaines. De nouveau, vol sans histoire avec plusieurs
contacts radios sue les bandes amateurs avec Eddy à Nouméa. Percée sur le VOR, puis circuit pour atterrir.
Gordon, de Pritchard Aviation, est là. Pendant que je fais le carburant, un jeune pilote australien travaillant sur les
Twin Otter d'une compagnie locale, vient causer. Il avait remarqué l'immatriculation australienne de l'Aerostar.
Il s'avère qu'il vient de Perth et connaît bien mon Aero-Club. Quand je dis que je vais à Christmas le lendemain,
il me signale que je ne serai pas le seul : en effet, les Proctor sont aussi à Pago et seront à Christmas demain.
C'est un couple américain qui a rénové un Gruman Albatross, énorme hydravion ex-militaire et avec lequel ils font
le tour du Pacifique. J'avais suivi leur progrès quand ils avaient traversé l'Australie mais n'avais jamais pu les contacter.
Comme je savais qu'ils devaient aussi passer par Christmas, je m'étais dit qu'il serait peut être bon d'y arriver avant
eux, vu que leur deux énormes moteurs Wright de 1.425 CV seraient capables d'épuiser les stocks d'essence de
Christmas ! Et voilà qu'ils sont là et que nous serons en même temps à vouloir cette essence ! J'essayai de les
contacter, mais ils n'étaient pas à bord de leur avion. Je me proposai de partir de bonne heure pour les battre à la
pompe à essence de Christmas.

Ravitaillement à Christmas |
Le lendemain je pars de bonne heure, mais en arrivant à l'aéroport, que vois-je ? L'Albatross, qui décollait avec
toute la majesté d'un gros hydravion. J'avais encore un petit espoir de les battre, allant tellement plus vite qu'eux.
Mais cela ne devait pas être, car, alors que j'allais démarrer, ils revenaient et roulaient vers leur parking.
Je demande alors à l'agent de m'y conduire et de voir ce qui leur arrive. Un tuyau d'échappement avait lâché
et ils devaient attendre la pièce de rechange des Etats-Unis et cela allait prendre une bonne semaine.
Ils m'invitèrent à bord, à condition de me déchausser ! Ils sont superbement installés, avec eau courante, douche,
cuisine, matériel radio amateur , tout le confort. Je les laisse et pars moins inquiet pour l'essence.
J'avais d'ailleurs tort de m'inquiéter, car je devais découvrir que l'essence est très abondante à Christmas, mais
on ne sait jamais ces détails d'avance. De même, l'indication sur les publications aéronautiques, même celles
émanant des pays eux-mêmes, disant que du carburant pour avion à pistons est disponible, ne veut, en fait, rien dire.
Par exemple, Le Caire devait avoir de l'essence avion, mais n'en n'aura pas. Je devrai aller ravitailler à Alexandrie,
avant de repartir pour Bahrain. Il semble d'ailleurs que dans beaucoup de pays genre tiers monde et sans une classe
aisée utilisant des avions d'aviation générale, l'essence avion classique sera de plus en plus difficile à trouver.
Les avions de transport même régional étant de plus en plus des turbo-propulseurs ou même des jets.
Entre Pago-Pago et Christmas, je croisai l'Equateur et pris une photo du GPS montrant quelques centièmes
de minute de latitude Nord.
L'Ile de Christmas dans l'Océan Pacifique (qu'il ne faut pas confondre avec Christmas dans l'Océan Indien) est,
je devrai l'apprendre bientôt, le plus grand atoll au monde, et a une population de 1.600 habitants.
Je ne vis pas la totalité de l'atoll, seulement la partie Nord-Ouest où se trouve l'aérodrome Cassidy.
Sitôt atterri, je fus accueilli par la dame qui faisait office d'immigration et de douane et qui encaissa les droits
d'atterrissage. Peu après, le ravitailleur apparut avec une petite camionnette et ses fûts d'essence Shell, rouillés
du dehors, mais scellés. L'essence était impeccable. Dans un parfait anglais, il m'expliqua que le stock d'essence
était très important et qu'il n'y avait aucun risque d'en manquer. Les iliens voient en moyenne un avion léger par semaine.
Le soir au dîner, j'eus la surprise de voir arriver d'un peu partout une centaine de touristes américains.
Il s'agissait de pêcheurs sportifs qui, une fois par mois, affrétent un Boeing pour venir pêcher un poisson
sportif, plein d'arêtes et immangeable, mais très difficile à attraper. L'hôtel ressemble beaucoup à ce qu'on aurait
trouvé à Huahine, l'une des Iles-sous-le-vent, en Polynésie, dans les années 50.
A la mise en marche, à Christmas, la pompe électrique du moteur gauche fait un drôle de bruit et finalement me lâche.
Impossible de ne rien faire ici. Aussi, avec une étape pas trop longue, je suis sûr de la finir sur un seul moteur,
si la pompe mécanique lâche aussi, mais il faudra la remplacer pour la longue étape. Le vol sur Hilo, sur la côte
Est de la ¨Grande Ile¨ (c'est ainsi qu'on appelle Hawaii qui est beaucoup plus vaste que toutes les autres
îles de l'archipel) fut sans histoire. Formalités, amicales mais denses. C'est là que la douanière-en-chef me mit une
date de sortie des USA, le 6 Juin. Je ne savais pas alors que j'allais avoir à attendre, à Hilo, le vent propice
pendant sept longs jours et que ce visa serait alors trop court pour me permettre de visiter un peu des Etats-Unis.
Moralité, toujours dire que l'on reste plus longtemps que prévu, juste en cas. Je contacte Murray Air
pour utiliser leurs installations afin de changer ma pompe électrique dès que je l'aurai.
Alors commence une longue attente pour météo et vent favorables. J'avais fait des recherches sur le temps probable
et demandé à Bracknell, en Angleterre, de me donner ce que, statistiquement, on pouvait espérer comme vent à
mes altitudes. Le résultat indiquait 80 % de chances de vent favorable fin Mai et début Juin. Mais tout le contraire
s'annonçait. Un anti-cyclone stationnaire et stable était établi entre la Californie et Hawaii et bloquait tout changement,
avec des vents d'Est, donc contraires à ce que je voulais, et juste sur ma route. Situation pas vue depuis près
de 10 ans et qui créa des inondations dans tout le Mid-West américain aussi loin que le Kansas. J'allais donc
tous les matins au bureau de la météo et tous les matins l'anti-cyclone était là, immuable. Je demandais aussi
confirmation de la situation mé-téo à des stations commerciales, ce que je recevais par Fax à l'hôtel. Tout cela
me prenait presque toute la matinée. J'avais à remplir mes après-midi, mais sans pouvoir organiser aucune
randonnée un peu longue, voulant être là le lendemain matin. J'ai donc visité tous les volcans (éteints), tous les
musées, tous les jardins botaniques. Ceux-ci étaient magnifiques.
Le vendredi 31 Mai, je prends la météo par fax comme à l'accoutumée. L'anti-cyclone est en train de disparaître .
Le temps pourrait redevenir normal. Je prends une autre météo, d'une autre source, qui confirme la première et je
prépare le départ pour la longue étape : je contacte la quarantaine et je fais le plein assez tard, après le gros de la
chaleur de l'après-midi pour éviter
l'expansion de l'essence dans les réservoirs. Je dîne de bonne heure et je me couche tôt. Le départ doit avoir lieu
au petit matin pour éviter le brouillard qui risque d'obscurir la côte californienne. L'idéal est donc d'arriver l'après-midi,
après que le brouillard du matin se soit dissipé, mais avant que celui de la soirée ne soit tombé, donc
après-midi entre 15 et 17 heures. En comptant un temps de vol de 11 heures environ, cela me faisait partir
vers 4 heures du matin.
Debout de bonne heure. L'officier de la quarantaine est là. Je lui demande de noter l'heure du décollage pour tenter
d'établir un record de vitesse sur cette étape. Enfin, à 3 heures 51 du matin, je m'aligne en bout de piste, allume les
balises de piste avec la VHF et part pour la Californie.
Ce vol m'avait tracassé pendant des mois, j'avais fait et refait les cal-culs d'essence plus de mille fois et pourtant,
il allait être une des étapes les plus dépourvues d'incidents de tout le voyage.
Je m'étais donné quatre heures comme «point de non-retour». C'est-à-dire que si au bout de quatre heures je
n'avais pas fait un tiers de la distance et s'il ne me restait pas deux tiers du carburant, je serais revenu, pour
essayer un autre jour. Mes chiffres de carburant et de distance avaient été calculés pour chaque demi-heure.
Il me suffisait de comparer le calcul avec les distances réellement faites et de même pour le carburant de comparer
ce qui restait avec ce que le calcul aurait donné. Dès le début, les marges allaient en augmentant, et après quatre
heures, j'avais la certitude d'arriver avec une confortable marge. Eddy, de Nouméa, me tint compagnie tout le long de
la route sur les fréquences amateur. Le jour se leva assez vite, j'étais maintenant en été, puisque dans l'hémisphère
nord. Enfin, dans l'après-midi la côte apparut, brumeuse et floue. J'atterris à Santa Barbara après 10 heures et 37
minutes. Je montai vite à la tour pour faire signer le formulaire d'arrivée en vue de l'établissement du record.
Je pus enfin téléphoner à la famille en Australie et à mes amis belges que j'étais arrivé. Je n'avais dit à personne
que c'était pour aujourd'hui pour ne pas les inquiéter. La plus longue étape du trajet était maintenant derrière moi
et c'était un soulagement pour tout le monde.
Le lendemain, court vol vers Van Nyus, un des aéroports secondaires de Los Angelès. Il est réputé comme étant
l'aéroport d'aviation générale le plus fréquenté au monde. La situation fut rendue pire par la mise en place ce
matin-là d'un nouveau système de contrôle aérien avec changements de procédure et de fréquences radio.
Je fis change les huiles, les filtres à huile, et aussi vérifier ma propre installation de la pompe électrique faite à Hilo.
Indépendamment, nous découvrîmes une petite fuite d'huile côté gauche, mais nous ne pûmes trouver d'où elle venait.
Comme ce moteur ne consommait pas d'huile, je n'étais pas trop in-quiet. La fuite s'aggrava au cours du temps,
salissant tout le coté gauche, mais jamais au point d'être inquiétante et je devais essuyer le flan gauche à chaque étape.
Il fait chaud, 31°, et il y a de nombreux feux de brousse dans les collines.
Mercredi 3 Juillet, je parts pour Seattle. Je survole d'abord la Californie avec ses champs carrés, puis les Montagnes
Rocheuses. Les sommets sont toujours ennei-gés. Je passe le mont Saint-Helen, ce volcan qui a explosé
récemment, puis mont Rainier. J'atterris à Boeing Field, un des aéroports de Seattle. Les usines Boeing sont
de l'autre côté de la piste.
On m'avait conseillé de voler depuis Seattle Boeing Field jusqu'à Vancouver en VFR sous garde radar, mais cela
supposait une meilleure connaissance des usages locaux et des systèmes. Devant la complexité (pour moi) du vol
VFR, j'annulai mon plan de vol VFR et posai un plan de vol IFR et, en quelques minutes, j'atterrissais au Canada, à
Vancouver. Le temps était gris, avec une pauvre visibilité et j'étais bien plus confortable avec un plan de vol IFR.
La douane fut expédiée rapidement et je me parquai devant le FBO Esso-Avitat. Là, j'eus la mauvaise surprise
d'entendre un son suspect m'indiquant que le démarreur de droite était coincé. Il fallait, soit le réparer, soit le changer.
Je téléphonai d'urgence à Al Hoover chez Aerostar dans l'état de Washington. Il promit un démarreur neuf pour le
lendemain matin. Comme promis, le démarreur arriva le lendemain à l'avion de 10 heures, et une heure après,
l'échange était fait. J'ai tellement l'habitude de ces démarreurs, qu'il me faut maintenant moins de quarante cinq
minutes, tout compris, pour faire l'échange. Néanmoins, il était trop tard pour partir et je remis le départ au lendemain.

Finale à Seattle |
Vendredi 5 Juillet. Départ de Vancouver. Pendant la montée, alarme incendie à gauche. En réduisant
les gaz, l'alarme cesse pour reprendre quand on les remet. Ce n'est donc pas le feu à bord, mais
un joint d'un des turbochargeurs qui a dû lâcher. Je fais demi-tour en prévenant la tour de
Vancouver. Bien que je répète que je ne suis pas en danger, ils fermeront l'aéroport pour moi,
mettront les gros Boeing pleins de passagers en attente en l'air, et j'aurai les pompiers et
tout le cirque après moi à l'atterrissage. Explications et enquête. Enfin tout est fini en
cinq minutes. Maintenant, je demande au FBO de me trouver un mécanicien pour m'aider à changer
le joint claqué et on est samedi après-midi. Heureusement, ils en trouvent un qui veut bien
m'aider. Nous trouvons sans peine le joint qui a lâché et le changeons. Cet incident m'est
déja arrivé et j'ai une douzaine de ces joints. Le même incident se reproduira à Oman, mais
là il n'y aura pas les camions d'incendie. Je remets le départ de Vancouver au lendemain.
Je survole les Rocheuses canadiennes, couvertes aussi de neige. Puis c'est la plaine avec les
champs à blé entrelacés de lacs. Puis la forêt. J'avais pensé faire de l'essence à Winnipeg,
mais, puisque c'est maintenant dimanche, l'aéroport est fermé à l'heure où j'y passe pour un
meeting aérien. Je m'arrête donc juste avant Winnipeg, à Brandon, petite ville et petit terrain
désert. Je ravitaille et repars de suite pour ar-river à Thunder Bay, sur le bord du lac
Supérieur. Beaucoup de coupes de bois, de scieries et une usine à papier. Il doit faire froid
l'hiver, il y a beaucoup de cheminées avec des réserves de bois. Je suis loin de l'Australie
; très souvent, les contrôleurs me demanderont d'où viennent les lettres "VH". Et parfois me
feront confirmer qu'il s'agit bien de l'Australie !
Je repars, après que les contrôleurs m'aient donné des copies des cartes canadiennes qui me manquaient.
Le temps se gâte. J'entends dans la radio que des avions doivent changer de route à cause des orages.
J'atterris dans un grain à Saint Hubert, un des aéroports de Montréal. Mon flair pour les festivités locales me
poursuit : les hôtels sont pleins à cause du Grand Prix de Montréal et je dois aller jusqu'à Longueuil, dans
la banlieue de Montréal, à l'hôtel Ramada. Il fait très orageux.
Je passe quelques jours à Montréal. Je suis à 180° de longitude de mon point de départ, donc à mi-chemin en
longitude.
Je repars finalement le vendredi 14 Juin pour Goose Bay, dans la province de Terre Neuve (sur le continent, pas sur l'île).
Le temps est très couvert et je ne verrai pas beaucoup du Canada ce jour-là. Goose Bay est maintenant une base
pour l'Armée de l'Air canadienne. La ville, très ville frontière avec quelques esquimaux jouant avec des juke-box et
des machines à sous. Rencontre très intéressante avec des pilotes de Canadair. Ils reviennent d'Europe où ils
faisaient des démonstrations de leur hydravion à combattre les incendies de forêts. Ils me donneront de bons
conseils pour Narsarssuak au Groenland, qui est ma prochaine escale et d'où ils viennent.

L'approche à Narsasuack |
Samedi 15 Juin ,vol vers le Groenland. Très nuageux, du givre à tous les niveaux. On imagine ce que cela doit
être de voler dans ces pays en hiver.
L'approche de Narsarssuak, à la pointe Sud-Est du Groenland, est réputée très difficile.
L'aéroport est au fond d'un fjord très profond et plein de coudes. Les planches d'approche
Jeppesen recommandent de ne pas tenter l'approche par le fjord si le plafond est moins de
4.000 pieds. La masse de terre et de glace du continent fait qu'une couverture nuageuse est
quasi permanente, quelquefois descendant très bas. L'approche classique, selon les planches
publiées, exige un taux de descente très fort, aussi je suivis les conseils des pilotes de
Canadair rencontrés la veille à Goose Bay. C'est de descendre en spirale serrée en suivant le
circuit d'attente ou "hippodrome" de la balise NDB jusqu'à être en vue du terrain. Je me trouvai bien
de cette manoeuvre et perçai visuel à 4.000 pieds. Le terrain a été établi sur la moraine du glacier qui occupe la
vallée, entre la rivière des eaux de fusion et la paroi du fjord. On atterrit vers le glacier et on décolle vers le fjord. Le
ravitaillement fut vite fait, mais quand j'allai payer l'essence, on me présenta mon plan de vol et la météo pour l'Islande,
en me disant que l'aéroport serait fermé demain dimanche et que le temps serait mauvais demain. Je me souviens
alors ce qu'avaient dit les pilotes de Canadair, que tout le personnel de la base occupe toutes les chambres de
l'unique hôtel et qu'ils n'aiment pas qu'on les dérange, surtout un dimanche. Comme il n'était que 14 heures, et vu
cet accueil si chaleureux, je repris la route vers Reikjavik en Islande.

Reykjavik |
La couverture nuageuse disparut dès que je quittai le continent et sa masse de glace. Relativement beau temps
jusqu'à 20 miles de Reikjavik où j'atterris sous la pluie au minima de visibilité.
Le FBO vient offrir ses services, mais l'hôtel Loft, situé juste derrière la tour de contrôle est plein.
C'est le long week-end commémorant l'indépendance que les Islandais ont pris des Danois le 17 Juin 1944,
pendant que ceux-ci étaient occupés avec les Allemands. C'est le plein de l'été et le jour ne se couche pas.
Je suis fatigué et souffre du décallage horaire pour la première fois, ayant croisé beaucoup de fuseaux horaires
en si peu de temps.
Je me repose le lendemain pour repartir le 17 Juin vers Glasgow en Ecosse. Le Groenland est couvert de neige et
de glace, tandis que l'Islande est verdoyante. Si Groenland veut dire Terre Verte et si Islande veut dire Terre de la Glace,
ceux qui les ont nommés ont dû mélanger les pays. Beau temps en général.
Après avoir percé les nuages, je survole l'Ecosse, très vallonnée, verte avec des touffes de genêts et d'aubépine en fleur.
Le lendemain, je vais à l'aérogare international attendre une amie qui arrive de Bruxelles. Nous allons nous promener
pendant plusieurs jours, visitant cette partie de l'Ecosse, au nord-Ouest de Glasgow. La nature est très jolie, très verte,
très vallonnée. Il y a des rhododendrons en fleurs partout, le long des routes, dans les collines. C'est le début de la
vache folle et nous ne mangeons que des fruits de mer. La nourriture est excellente, tout est très frais, cueilli ou pêché
sur place. Nous irons jusqu'au Château de Inverrary qui est magnifique.
Et le vendredi 21 Juin, nous quittons Glasgow pour la Belgique. Le plan de vol était d'atterrir à Kokside. C'est un terrain
militaire, mais utilisé après 16 heures par le Koksjide West Aviation Club dont mon amie fait partie. Ce ne sera pas
possible, le terrain est fermé au-jourd'hui, aussi nous irons atterrir à Ostende. Nous apprendrons par la suite que
le terrain était fermé pour repeindre la ligne blanche au milieu de la piste.
Le temps en Belgique passa très vite. Nous avons mangé des moules chez Léon et vu le Manneken-Pis, qui est une
toute petite statue.
On m'avait mis en garde et prévenu que certains douaniers français n'avaient pas encore entendu parler de l'Europe
et qu'ils cherchaient des noises aux pilotes arrivant de l'étranger, aussi j'avais pris toutes sortes de précautions, en
contactant tous les douaniers de France et de Navarre. Mais, à ma surprise, il n'y avait pas de douaniers , donc pas
de tracasseries. Par la suite, les vols entre la France et la Belgique se firent sans aucun souci. Il suffisait de
déposer un plan de vol et d'avoir un passeport au cas ou un douanier aurait envie de faire un contrôle, ce qui ne
s'est jamais produit.
Dimanche 30 Juin. Je vais de Ostende à Toussus-le-Noble pour faire mettre mes radios au standard français,
c'est-à-dire, leur ajouter un kit qui leur donnera une séparation entre canaux de 25 Khtz. Je dépose un plan de
vol IFR en mentionnant que , cette fois je n'ai pas la séparation des canaux VHF à 25 Khtz. Je survole le Sud
de Paris, vois Orly pas très loin et rase la base militaire de Villacoublay. Je fais queques photos de Paris.
Pas de douanier là non plus, il a suffit de remplir un formulaire à l'aéroport..
Le lendemain, c'est la journée des achats, soldes au Printemps et cartes de navigation Jeppesen. Il pleut.
Nous trouvons une agence de voyages qui nous concocte une croisière en Egypte taillée sur mesures.
Mon amie m'accompagnera en Egypte à condition d'y rester plus que les deux jours que j'avais prévus.
Et comme toutes les bonnes choses ont une fin, il faut reprendre la route. Le lundi 29 Juillet, je quitte Ostende
pour Tousus-le-Noble, où je veux faire une dernière vérification sur l'avion avant le grand départ.
Je le fais laver et j'achète quelques joints et pièces détachées suceptibles de faire besoin en route.
Puis le lendemain nous partons pour Nice qui sera notre aéroport de sortie d'Europe. En descendant
la vallée du Rhône, nous apercevons le Mont Blanc à travers les nuages. Enfin, nous atterrissons à Nice,
après une approche sur la Méditerranée. Et enfin le jeudi 1 Août, nous quittons Nice, non sans difficultés
car les batteries étaient à plat. Quelqu'un avait dû laisser le contact ! Impossible de démarrer.
La tour promet de l'aide qui ne vient pas. Finalement , un employé de l'aéroport viens avec un autobus,
seul véhicule disponible qui ait des batteries de 24 volts, et avec mes câbles à crocodiles, nous pouvons
enfin démarrer. Nous longeons les côtes d'Italie, passons au large de Naples et survolons Crotone.
Atterrissage à Iraklion en Crète pour du carburant (très cher). Et finalement, nous arrivons en Egypte, le delta
est très vert, très cultivé, aucun espace n'est perdu, les cultures se touchent.

Le Caire |
Puis c'est Le Caire qui est très sec et poussiéreux. C'est une ville immense (17 millions,
soit la population de l'Australie !). Une multitude de petites maisons carrées avec leur
toit en terrasse. Tout est gris, je comprends le mot "kaki" voulant dire poussière. Après
des instructions contradictoires, nous trouvons le terrain et atterrissons sans encombre.
L'agent de Nile Valley Aviation est là qui nous attend. Nous sommes au parking militaire.
Les formalités sont très vite expédiées. Et c'est la course folle en taxi-suicide dans les
rues du Caire jusqu'à l'Hôtel Méridien, sur la rive du Nil. Ici tout le monde parle un français
parfait, même pour demander le backshish. Le ville est très étendue, cahotique, pas propre.
Nous visiterons le Musée Egyptien du Caire. Immense, très riche. A la fin, ayant atteint la saturation, nous nous
contenterons de voir les sarcophages de Ramsès, tout en or, très ouvragés, d'une rare richesse artistique.
Mais il fallait jouer des coudes pour approcher au travers de plusieurs rangées de Japonais qui voulaient tous
se tirer le portrait en compagnie de Ramsès.
Samedi 3 Août, visite organisée. Notre guide, une dame charmante, parlant un français parfait, vient nous prendre
au Méridien. Nous visitons la Grande Mosquée de Mohamed Ali, un peu bâtie comme Sainte-Sophie, puis ses
appartements. On sent une grande influence française au siècle dernier. Après la Mosquée, nous faisons quelques
achats dans les souks. Notre guide nous recommande certains marchands plutôt que d'autres. Plus tard, pendant
que nous prendrons le thé à la menthe, elle retournera dans ces magasins pour toucher son backshish, en nature l
a plupart du temps. J'achète quelques bijoux en or, soi-disant à 18 carats, et un chat noir en basalte. Après le
lunch au Méridien où nous invitons la guide, c'est la visite des Pyramides. Je suis surpris qu'elles soient si près
de la ville. Les photos sont trompeuses, on ne prend jamais les faubourgs peu photogéniques qui les bordent.
C'est un peu comme le Mont St Michel que je croyais bien plus loin en mer. Les pyramides sont très grandes
mais on ne se rend compte de leur énormité que lorsqu'on est au pied et que l'on mesure la hauteur de la premiére
couche de pierres. C'est grand et même grandiose, mais il est difficile de se faire une impression de l'immensité
de la tâche qu'a dû être leur construction.
Après cela, la guide nous conduit dans une fabrique de parfums et une de papyrus. Elle devait avoir son backshish
là aussi. Et chaque fois on vous sert, soit du thé à la menthe, soit du karkadeh, tous deux délicieux et très rafraîchissants.
Le karkadeh est une infusion rouge très foncée, faite de la fleur d'une espèce de malvacée, et qui se boit chaude ou froide.
Il me faudra beaucoup de recherches pour trouver des renseignements sur cette plante . Nous en achèterons au marché
aux épices de Assouan.
Le dimanche 4 Août, nous prenons Air Egypt pour Louksor après trois heures de retard. C'est un Boeing 737, avec les
sièges aussi serrés qu'il doit être possible de le faire. Nous survolons surtout du désert gris. Par contre, Louksor
est très vert. C'est un terrain militaire avec beaucoup d'installations, d'abris souterrains et d'armement.
La ville est plus rouge qu'au
Caire. Le représentant de notre agence de voyage est là et nous conduit à l'hôtel Old Winter.
Les temples sont dans la ville même, à quelques pas de l'hôtel. Le Old Winter est très grand, très vaste,
avec beaucoup d'espace, des plafonds très hauts, de grands couloirs. Aux murs des reproductions des
aquarelles de David Roberts et des planches d'architecture qui semblent sortir de l'Encyclopédie de d'Alembert.
On ne parle pratiquement que l'anglais, contraste avec Le Caire où tout le personnel parlait un français parfait.
Le mardi 6, nous montons à bord de la "Nile Princess". Visite organisée des temples de
Karnak et de Louksor.
Les pierres des temples sont d'un ocre rose très doux, tout comme les rochers au loin. Roberts, dans ses
aquarelles, a bien su montrer cette douceur de la pierre et de la lumière environnante.
Les temples sont grandioses. On imagine leur splendeur quand la couleur des fresques était encore fraîche.
Une chose m'a frappé, les obélisques sont tous plus ou moins écornés, y compris le jumeau de celui de la place
de la Concorde, alors que ce dernier est en parfait état. . Dans l'après-midi, le bateau part, remontant le Nil.
Courant assez fort, des jacinthes d'eau flottent, on nous dira qu'elles sont une vraie plaie et qu'on essaie, en vain,
de les détruire.
Pendant la navigation, nous nous arrêterons à Esna, Edfu et à Kom Ombo. Chaque fois, les passagers débarquent
et visitent le site. Tous les temples sont construits sur le même style qui n'aurait pas varié pendant plus de 3.000 ans.
A savoir deux pylônes, avec ou sans colosses et obélisques, une cour péristyle, une salle hypostyle couverte,
puis le sanctuaire. On va du clair vers le demi-obscur, puis l'obscur, du haut et large vers le bas et étroit, le tout
pour finir dans le sanctuaire, où seul le Pharaon avait le droit d'aller pour commumiquer avec les dieux.
Nous arrivons enfin à Assouan. Nous verrons le Grand Barrage qui retient le Lac Nasser, très gardé militairement.
Nous visitons le temple de Philoe. Ce temple avait été noyé par le premier barrage d'Assouan. Il a été déplacé dans
une autre île plus haute. Chaque pierre a été numérotée et démontée et tout a été remis en place, avec le même
alignement, identique au temple d'origine y compris les graffitis dont certains datent des armées de Napoléon.
A Philoe, on perçoit un changement dans le style des statues et bas-reliefs, bien que le plan du temple soit
identique aux autres. C'est de l'égyptien gréco-romain. Les corps des bas-reliefs ont du relief et des rondeurs,
tandis que les plus anciens étaient à plat, sans relief.
Nous débarquons du Nile Princess pour passer une nuit au "Old Cataract Hotel" en face de
l'île Eléphantine. Là aussi, un vieil hôtel construit avec des formes grandioses et de l'espace.
Le "nouveau" Cataract est plus carré, plus petit, plus à l'échelle de notre époque. Mais les
constructeurs ont su conservé la couleur ocre rose clair des pierres naturelles des temples et du vieil hôtel.
Je comprends que Mitterrand y descendait, c'est très confortable, très "restes d'empire". De nos fenêtres,
l'île Eléphantine, avec ses mausolées et en arrière-plan, le désert, le tout en ocre rose très doux.
Nous visiterons les souks et sur-tout le marché aux épices, très parfumé, très exotique.
On nous offre des safrans, des currys de tous les goûts, de toutes les couleurs. Un vendeur a même de
l'indigo naturel, le tout en pyramides colorées sur ses éventaires. Nous achètons du karkadeh et des safrans.
Il est difficile de décrire l'Egypte sans plagier les brochures de tourisme. On peut simplement dire qu'il faut voir
soi-même ces restes d'une civilisation très importante. Il est difficile d'imaginer de tels efforts pour construire
ces temples et ces tombeaux, quand on voit ce qu'est devenue l'Egypte aujourd'hui.
Nous reprenons ensuite Egypt Air pour Le Caire dans le même 737 bondé. Cette fois, nous sommes
assis à gauche et nous verrons mieux la vallée du Nil, surtout à l'arrivée. Nous verrons très
bien la pyramide rhomboïdale de Dashur, puis les trois pyramides de Gisa.
Lundi 12 Août, derniers préparatifs de départ, plan de vol, météo, etc... Et le mardi 13, mon
amie part de son côté pour Bruxelles et moi pour Bahrayn. J'ai l'impression que le voyage est
terminé et qu'il ne me reste plus qu'à rentrer à la maison, bien que j'aie encore un tiers de
la route totale à faire. Et en fait, ce reste du voyage va être plus pénible que tout ce que
j'ai vu précédemment.
Les ennuis commencent quand il faut faire route à l'envers et retourner vers Alexandrie pour
faire de l'essence. Le Caire n'a plus d'essence avion. Là, les ennuis se poursuivent avec mes
radios, si bien modifiées à Toussus, ne fonctionnent plus. J'arrive à entendre les contrôleurs,
mais ceux-ci ne m'entendent pas. On me donne l'autorisation de décoller au lieu de la donner à
un jet de Lufthansa qui attend depuis un moment. A Alexandrie, je secoue mes radios qui semblent
fonctionner et je pars pour Bahrayn. Le vol sera pénible, dû aux mauvaises communications. Il
m'est très difficile de me faire comprendre, par contre j'entends très bien. Chose amusante,
les pilotes de jet, au lieu de répéter une instruction donnée, comme on le fait partout,
ajoutent chaque fois "Inch' Allah".:
- Tournez à gauche.
- Je tourne à gauche, Inch'Allah.
Au coeur de l'Arabie Saudite, la surprise est de trouver des cercles verts au milieu du sable gris. Ce sont des ronds
d'irrigation à pivot. Le sous-sol est, comme au centre de l'Australie, un immense aquifère. Il suffit de pomper l'eau pour
irriguer et cultiver. Mais cela surprend de trouver ces cercles verts si loin de tout.
Atterrissage sans problème à Bahrayn. Le handling est assuré par Barhayn Airport Services qui doit faire partie
de l'aéroport lui-même. Bahrayn est très musulman comme architecture et on sent la richesse du pays.
Tout est grand, neuf, propre et tout fonctionne. Beaucoup d'expatriés y travaillent.
Le lendemain, comme je n'ai qu'une courte étape vers Muscat, j'ai le temps de faire vérifier mes radios par
un technicien. On les démonte et les remonte après avoir nettoyé les contacts au fond des tiroirs.
Tout marche, mais pour combien de temps ?
Seeb est l'aéroport international de Oman. Un peu moins riche et grandiose que Bahrayn, mais toujours la même
architecture arabe. L'approche se fait au-dessus de petites maisons carrées avec toits en terrasse et aussi
de petits châteaux cubiques aussi en terrasse. Les maisons sont grises et les petits châteaux sont blancs.
Il y a des machines à rayons X dans tous les coins de l'aérogare et mon sac à main à été radiographié de
nombreuses fois. Heureusement, j'avais laissé mes appareils photo dans l'avion. Oman Air Services est très efficace.
Après le décollage, dans la montée, j'ai à nouveau, comme à Vancouver, l'alarme incendie qui sonne.
C'est encore le joint d'échappement d'un des turbo-chargeurs. Cette fois c'est à droite. Je retourne en
précisant bien que ce n'est pas une détresse. Contrairement à Vancouver, les pompiers ne bougeront pas.
Le handler me trouve un mécanicien, émigré indien qui a travaillé pour Qantas et qui parle anglais, pour
m'aider à changer le joint d'échappement. Les réparations prirent plusieurs heures et je ne pouvais plus
partir pour Madras, une longue étape de près de huit heures. Je dus donc téléphoner à Mike Grey en
Angleterre pour qu'il fasse changer mes clairances de 24 heures. Ce qu'il fit. Après une bonne nuit de
repos, je pars enfin de Muscat vers Madras. Les radios ne font presque plus d'ennuis, on m'entend à peu
près tout le temps.
La campagne autour de Madras est verte, et contraste avec le désert de Muscat. Le handling est fait par
Indian Airlines. Le ravitaillemnt est vite expédié, mais vont commencer quatre heures, pendant lesquelles
mon agent va me promener de bureau en bureau pour remplir des formulaires et des formulaires. Cela sans fin,
sans réelle utilité. Les différents bureaux se trouvent à tous les coins de l'aérodrome. Je pense que seul et sans
véhicule, sans même savoir où se trouvent ces bureaux cachés dans des bâtiments délabrés et tombant en ruines,
il faudrait des jours pour compléter le circuit des formalités. Tous ces formulaires doivent être enregistrés à la
main dans de gros livres, signés et contre-signés, tamponnés et re-tamponnés. C'est au point où même les
fonctionnaires ne savent plus bien à quoi servent ces formulaires et si le tampon doit être à gauche ou à droite.
Cela nous prendra quatre heures. Quand je demande à faire en même temps les papiers de départ pour le
lendemain, comme cela se fait dans beaucoup d'endroits, on me répond que cela est absolument hors de
question. Il fait nuit quand on a fini et c'est une course suicide dans un gros taxi diesel, à travers une circulation
absolument folle. Il y a six files d'autos là où il y a trois lignes peintes sur la route. On arrive enfin au
Sheraton où il faut remplir d'autres formulaires. L'un surtout, pour changer 20 dollars pour payer le taxi
demain matin. Il est minuit quand je me couche, éreinté.
Réveil à 4 heures du matin. Remplir un formulaire pour quitter l'hôtel et retrajet suicide en taxi.
A l'aéroport, je ne trouve pas l'agent de Indian Airlines. Heureusement, lui me trouve, je suis très
visible avec mon uniforme et mes galons. Et on reccommence le même circuit des bureaux, remplissant
d'autres formulaires. Cela prendra aussi près de quatre heures. On finira dans les bureaux de l'armée de
l'Air pour un ultime coup de tampon. J'ai, que je conserve, un plan de vol avec neuf signatures et tampons.
C'est avec soulagement que je ferme la porte de l'avion et mets en marche. J'avais entendu raconter tant
et tant d'histoires sur la lenteur et la paperasserie indiennes, mais je ne croyais pas que cela pouvait atteindre
ce degré. Pour éviter deux escales en Inde, je m'obligeai à faire deux longues étapes de près de huit heures
chacune. Je pense, après coup et si cela était à refaire, que c'est la bonne solution, car je ne crois pas
que j'aurais pu subir deux fois de suite ce genre de stupidité administrative.
Les radios fonctionnent correctement. Le temps à Penang se gâte et on annonce des orages et de la pluie.
En fait, je vais atterrir dans le début d'un fort grain orageux. Leur ILS ne fonctionne pas. Il faut faire une approche
au VOR, moins précise. C'est dommage, vu la proximité des collines à gauche de l'approche.
Je descends au minima et cherche en vain quelque chose qui ressemble à un aérodrome.
Le grain se rapproche avec maintenant des éclairs à droite, c'est-à-dire dans la direction qu'il faudra prendre
en cas de remise des gaz. Enfin, dans la grisaille, les feux d'approche, pointant comme une flèche gigantesque
vers le seuil de piste. Jamais encore ces feux ne m'avaient paru si beaux. J'atterris sous une pluie battante.
On me fait parquer à côté d'un Falcon Australien. Je n'ai pas d'agent ici. Le temps de se parquer, il fait noir et il pleut à verse, l'orage juste au dessus. Mon petit imperméable de
poche se déchire dans le vent, mon petit parapluie pliant se retourne. Tout pour plaire.
Je patauge dans l'eau jusqu'aux chevilles et le temps d'arriver aux bâtiments de l'aérogare, je suis trempé.
Je trouve un comptoir d'immigration. Je tends mon passeport. Le fonctionnaire le regarde à peine et me
demande si je suis le capitaine de l'avion australien. Alors il me montre les taxis et me dit :
- Vous êtes trempé, allez à l'hôtel, vous reviendrez demain faire les papiers de douane.
Venant de Madras, je n'en revenais pas. Je me repose le lendemain et tranquillement, je vais à l'aéroport faire les
formalités de douane, faire les pleins, poser un plan de vol pour le lendemain et demander une prévision météo.
Les contrôleurs de la tour font aussi le breifing, mais il faut monter les neuf étages de la tour. L'ascenseur est en panne.
L'agent local vient me faire ses offres de service, mais un peu tard.
Penang est une île reliée au continent par un pont. Tout près de là, se trouve la base australienne de Butterworth.
Lundi 19, court vol vers Seletar, un des aéroports secondaires de Singapour. Global Aviation m'attend.
Dans leur hangar trois TBM700 et une douzaine de Tobago et Trinidad en cours de montage pour l'Ecole de
Pilotage de Garuda.
Le lendemain, autre courte étape vers Bali. Là, l'agent, Mr. Dude, ancien contrôleur, ayant reconnu mon nom,
est monté à la tour pour me souhaiter la bienvenue par radio. Sympa. Il a déjà fait toutes les formalités et me
conduit à l'Hôtel Bintang, sur la plage, à deux pas de l'aéroport. Je dîne au bord de l'eau et me couche de
bonne heure.
Puis dernière étape avant de rejoindre la terre ferme. L'homme de la quarantaine est là aussi avec sa
bombe d'insecticide. Mais j'avais prévu le coup et j'avais désinsectisé l'avion une heure avant d'atterrir.
Je lui donne ma bombe vide et il est satisfait, mais les deux douanières, pour faire du zèle, ont fouillé
tous mes bagages. C'est la première fois, dans tout le voyage, que mes bagages sont fouillés.
Elles n'ont, bien entendu, rien trouvé de répréhensible.
Enfin, le Jeudi 22 Août, 99 jours après mon départ de Northam, dernière étape. J'avais prévenu que
j'arriverai à Northam à 15 heures et je règlai ma vitesse pour être juste à l'heure. C'était l'hiver et j'ai
eu pas mal de givre.
Ce que j'ignorais, c'était la réception surprise organisée par l'Aéro Club. Deux ou trois personnes
attendaient devant mon hangar, avec le gros des troupes cachées à l'intérieur. Après quelques minutes,
les portes s'ouvrirent et ils sortirent tous du hangar, décoré pour la circonstance. On but quantité de
bouteilles de champagne. Ils avaient aussi convoqué trois journalistes qui posèrent les questions idiotes
que tous les journalistes posent dans ces cas là.