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JOAN   MERRIAM   SMITH

2. LE VOL


J'ai eu ce rêve pendant des années, d'abord d'apprendre à piloter un avion, ensuite de voler aussi bien qu'elle [Amelia Earhart].
Joan Merriam Smith

Joan Merriam Smith est la troisième femme pilote a faire le tour du monde par les airs en solitaire et la deuxième a le faire dans son intégrité. L'Honorable Mrs. Bruce fit le tour du monde en solitaire en 1930 sur son Bluebird , un biplan léger. Mais comme son avion ne lui permettait pas de traverser les océans, elle les traversa sur des paquebots. La deuxième fut Geraldine Mock sur son Cessna 180 Spirit of Colombus. Les vols de Mock et de Smith eurent lieu à la même époque, ce qui créa entre elles une certaine rivalité. Elles voulaient toutes les deux être la première femme à faire le tour du monde en solitaire.

Si Mrs. Bruce partit pour son voyage seulement six semaines après avoir obtenu sa licence de pilote, si Jerrie Mock se prépara, elle, pendant plus d'un an, c'est depuis son plus jeune âge que Joan Merriam préparait ce vol. Enfant, elle vola dans un avion de ligne, un Constellation, et après avoir été autorisée à pénétrer dans le cockpit près du pilote, elle s'était éprise de l'aviation et avait depuis ce jour voulu piloter. Une tante lui ayant offert un des nombreux livres décrivant la vie et la disparition de A.E. (Amelia Earhart pour ses admirateurs), elle prit la résolution, alors, qu'un jour elle retracerait et terminerait le vol fatalement interrompu de A.E. Elle prit des leçons de pilotage et fut lâchée à 9 heures de vol, alors qu'elle n'avait que 15 ans, bien avant d'avoir l'âge de conduire. Elle passa son brevet de pilote à 17 ans et sa qualification commerciale à 23 ans, c'est-à-dire au minimum d'âge pour chacune de ces étapes. Elle devint monitrice de vol et effectua de nombreux vols commerciaux et charters, et pilota des avions d'affaires. En 1958, elle épousa un officier de la marine américaine, le Lieutenant Commander M.G. « Jack » Smith. Il était aussi pilote et fut très réceptif au désir de sa femme de refaire le vol de Amelia Earhart. Elle put enfin en 1963 acheter l'avion qui devait lui permettre de réaliser son rêve. C'était un bimoteur Piper Apache N3251P qui lui coûta dix huit mille dollars. L'avion fut modifié pour le long vol, les sièges cédèrent la place à des réservoirs supplémentaires. Les frais de modifications et les réservoirs lui coûtèrent plus de sept mille dollars, qu'il lui fallut emprunter à des amis.

Elle fut très déçue d'apprendre que Jerrie Mock avait obtenu l'autorisation de la NAA (représentant aux Etats Unis la FAI) de tenter un record de vitesse autour du monde. Elle avait rêvé de ce vol depuis si longtemps. Elle décida donc de ne plus se préoccuper de records et de vitesse. La presse aurait voulu faire du vol des deux femmes pilotes une course pour ajouter du suspense à leurs reportages. De son côté, Russell Mock, le mari de Jerrie, incitait sa femme à aller plus vite que Smith. Bien que Smith se soit défendue de vouloir arriver la première, on ne peut manquer de penser qu'elle avait, tout au moins au début, un certain espoir d'arriver avant Mock. Cet espoir disparu très vite devant les problèmes mécaniques en cascade et le mauvais temps qu'elle dû affronter et qui commencèrent dès l'Amérique du Sud.

Joan Smith avait donc choisi de refaire la route de Amelia Earhart, route suivant de très près l'équateur, donc presque entièrement dans la zone de convergence intertropicale, ce qui signifiait de constants orages et des fronts tropicaux. Cela devait la gêner tout au long du vol. Néanmoins, elle partait bien préparée, avec une très bonne ADF, de la nourriture, un parfait équipement de survie, un sextant et des tables astronomiques.

Joan Smith décolle de Oackland, près de San Fransisco, le 17 mars 1964, jour anniversaire du départ de A.E., qui était partie, en 1937, d'un proche terrain n'existant plus. Vol sans incident sur Tucson en Arizona, ligne qui lui est familière. Elle a projeté d'y passer la nuit, mais devant l'approche d'un front, elle repart immédiatement pour la Nouvelle-Orléans. De là, elle vole jusqu'à Miami où elle complète ses derniers préparatifs.

Le 21 mars, elle part pour San Juan à Puerto Rico. Puis, c'est l'aéroport de Zandery, près de Paramaribo au Suriname, l'ancienne Guyane Hollandaise. Le 24 mars, en faisant le plein, elle découvre qu'un de ses réservoirs supplémentaires fuit à l'un des joints. Sept jours sont nécessaires pour démonter le réservoir, le faire réparer localement et le remettre en place.

Smith rencontre son premier mauvais temps dès le départ de Parmaribo en route vers Belem au nord du Brésil. Elle doit voler très bas au-dessus de la jungle amazonienne, dans le mauvais temps. Le 31, elle atterrit à l'aéroport Agosto Severo à Natal après un long et pénible vol, pour découvrir que le Brésil est en pleine révolution. Tous les avions de l'armée de l'air brésilienne sont là, en prévisions des événements. Les communications coupées, elle ne peut obtenir de prévision météo. Après deux jours, le 3 avril, et toujours sans météo; elle part pour Dakar, le jour où le gouvernement du président Goulard est renversé par les militaires. Elle traverse une très longue zone d'orages et de pluie intenses. Il pleut tellement fort que son pare-brise commence à fuir. Elle descend à 2000 puis à 500 pieds pour essayer de passer sous les nuages orageux. Finalement, elle sort de la zone orageuse, mais elle a perdu toutes communications radio avec Natal et n'arrive pas à communiquer avec Dakar. Elle entend les stations terrestres qui l'appellent, mais ils ne la reçoivent pas. Enfin, après seize heures de vol et plusieurs heures de retard sur son plan de vol, elle atterrit à Dakar. Comme partout où elle passe, elle invite tout un chacun à écrire son nom et à signer sur son avion, qui finira porteur de plus de huit cents signatures à la fin du vol. Dakar marque une étape importante dans son voyage : elle a traversé l'Atlantique. Elle s'y promène avant de repartir le 5 avril. Elle traverse l'Afrique en passant par Niamey au Niger, puis Fort Lamy au Tchad et enfin Khartoum au Soudan. Il fait très chaud, même en altitude, et elle souffre de la chaleur et la déshydratation. L'air chaud crée une turbulence et l'avion devient difficile à contrôler.

Elle quitte Khartoum le 8 avril pour Karachi via Aden. De là, elle passe à Ahmedabad puis Calcutta. Elle ne mange que des aliments très cuits ou des biscuits qu'elle a emportés, tellement elle a peur d'attraper quelque maladie tropicale, ou plus simplement un embarras gastrique qui serait très gênant en vol. Elle a maintenant dépassé la moitié de son parcours. Partout où elle passe, elle trouve des personnes qui ont connu A.E. et se souvienne d'elle.

Elle passe par Rangoon en Birmanie, Bangkok en Thailande et Singapour, puis Djakarta et Surabaya en Indonésie, enfin Darwin via Kupang à Timor. Le 18 avril, elle décolle de Darwin au nord de l'Australie, pour Lae, sur la côte nord de la Nouvelle Guinée après être passée par Port Moresby. A Lae, qui fut le dernier point de départ de A.E., elle est l'objet d'une grande curiosité et elle rencontre six personnes qui avaient vu Amelia avant son dernier départ. Elle décolle finalement de Lae le 22 avril pour Guam où elle espére retrouver son mari, commandant un dragueur de mines de la marine américaine. Mais à cause de tous ses retards, son mari n'a pu l'attendre et a repris son service. De Guam, où elle a, cependant, été reçue par la marine américaine, elle fait un court vol sur Saipan, où on pense que A.E. aurait été emprisonnée par les Japonais et où elle aurait trouvée la mort. C'est durant cet détour sur Saipan que ses ennuis de train d'atterrissage commencent, ennuis qui ne la quitteront plus jusqu'à la fin du vol. Le train ne reste pas fixé dans sa position rétractée et crée une traînée importante. De retour à Guam, elle fait inspecter le système , ce qui lui prend une semaine entière.

Elle peut enfin repartir pour l'île de Wake, le 1 mai. A 300 miles de Guam, nouvelle panne, électrique cette fois et elle perd son ADF: elle décide de retourner. Quand elle repart, le 3 mai, les vents ont tourné et ne lui sont plus favorables, étant maintenant des vents de face. Elle sent comme si un sort avait été jeté sur elle. Surtout lorsqu'après une heure de vol, le train recommence à descendre. Elle doit le remonter avec la pompe hydraulique à main. Après onze heures de vol et de pompage à la main pour remonter le train, elle atterrit enfin à l'île de Wake.

Elle repart de Wake le 5 mai, mais à 200 miles de là, elle doit , une fois de plus, faire demi-tour : son moteur de droite commence à chauffer plus que de normal. Il n'y a pas de mécaniciens d'aviation à Wake. Finalement, elle découvre que des insectes morts bloquent le radiateur de refroidissement de l'huile du moteur. Elle peut enfin repartir après deux jours de retard en plus. Mais la malchance la poursuit encore et quatre heures après avoir quitté Wake, en faisant le point elle découvre que le vent de face est plus fort que prévu et qu'elle ne peu atteindre Honolulu avec le carburant qu'elle a. Elle se détourne vers l'île de Midway pour se ravitailler. Elle arrive finalement le 8 mai à Honolulu, où elle est fêtée triomphalement.

L'étape suivante de 4500 km, qui devrait lui prendre 17 heures alors qu'elle n'a que 20 heures de carburant, ne peut se faire que dans des conditions de vents favorables. Ce qu'elle doit attendre pendant deux jours. Elle prend le temps de lézarder au soleil de la plage de Waikiki et de s'acheter une robe neuve.

Elle part de Honolulu le 10 mai. Le moteur droit se met à chauffer à nouveau et elle doit encore faire demi-tour. Elle repart le lendemain et juste après avoir atteint son point de non-retour, elle remarque que le moteur droit consomme plus d'essence que normal. Le train d'atterrissage descend continuellement, mais elle a maintenant acquis une routine de le relever à intervalles réguliers sans même trop y penser. Le moteur droit, petit à petit ,vide le réservoir droit. Quand il est presque vide, elle l'arrête et continue avec seul le moteur gauche. Elle fait alors ce qu'elle n'a jamais fait en onze ans d'aviation, elle appelle à l'aide. Un avion des gardes-côtes l'escorte jusqu'à Oackland. Quelques minutes avant l'arrivée, elle redémarre le moteur droit pour l'atterrissage, et malgré tous ses ennuis, l'inquiétude et la tension des dernières heures, elle fait un bon atterrissage. Elle a volé pendant 18 heures.

Elle a été absente, en tout, 56 jours et demi ,et a parcouru 44.680 kilomètres en 170 heures de vol et 34 étapes.

Elle est triomphalement reçue et fêtée. On lui présente un télégramme de félicitations de la sœur de A.E.

Elle a atteint son rêve : finir le vol de Amelia, et avec les fleurs qu'on lui présente, il lui semblt que l'hommage n'est pas seulement pour elle mais aussi pour Amelia.

« J'ai réalisé le rêve de Amelia d'être la première femme à faire le tour du monde à l'équateur et d'établir un nouveau record de longue distance, mais je dois la remercier pour l'inspiration qui m'a poussé à le faire. »

« …et maintenant mon rève se termine dans la joie. »

Joan Merriam Smith n'a pas battu ou établi de records officiels de vitesse, Geraldine Mock ayant enregistré son but de faire de son tour du monde un record bien avant elle. De toute manière, bien que partie 2 jours avant Mock, Smith est arrivée 25 jours après. Mock était arrivée le 17 avril. Néanmoins, elle a fait quelques « premières » :

  • Premier vol solitaire le long de l'équateur.
  • Première femme à faire le tour du monde en bimoteur.
  • Première femme à voler en solitaire d'Afrique vers l'Australie.
  • Première femme à voler de l'île de Wake vers l'île de Midway.
  • Le vol le plus long à cette époque.

Elle reçu le prestigieux Trophée de la Ligue Internationale de Aviateurs, et le Trophée des Aviatrices .
Elle reçut en 1964, le "Harmon Trophy".

Liste des Aviatrices ayant reçu le Harmon Trophy

Joan Merriam Smith devait périr dans un accident d'avion le 17 février 1965 à Wrightwood en Californie.


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Dernière mise à jour : 22 avril 2004
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